Le château, ses remparts

Après avoir été la propriété des puissants comtes d’Amiens puis celle de Charles de Valois – frère du roi de France Philippe IV le Bel –, la seigneurie de La Ferté-Milon, contrôlant la haute vallée de l’Ourcq et le sud de la région du Valois, échut à Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI le Fol, en 1393, et ce en pleine guerre de Cent Ans.

Louis d’Orléans donc, frère d’un roi devenu fou un an plus tôt, devait résister à la montée d’un puissant parti anti-français commandé par son cousin Jean sans Peur. Ce dernier s’était en outre allié aux Anglais : de redoutables adversaires qui cherchaient à mettre la main sur la couronne de France car ils s’en estimaient les héritiers légitimes depuis la mort des derniers fils du roi Philippe IV le Bel.

Afin de maîtriser militairement son duché et pour qu’il ne tombât pas dans les mains de l’ennemi, Louis d’Orléans fit bâtir au nord de son domaine le puissant château de Pierrefonds. Et tout naturellement, au sud, il commanda la construction d’une sorte de quasi-double de ce château : celui de La Ferté-Milon.

château neige
Le bord occidental de son duché courait ainsi, du sud au nord, de La Ferté-Milon à Pierrefonds en passant au centre, par la forteresse de Montépilloy, le «Mont qui épie de loin». C’est de cette façon que, regardant la ville royale de Senlis qui appartenait à son frère Charles VI, Louis entendait contrôler la route stratégique des Flandres qui, venant du nord de l’Europe, aboutissait à Paris par la porte de la Villette et l’actuelle rue de Flandre.

En 1393 donc, le duc hérita de la ville fortifiée de la Ferté-Milon qui était en fait une sorte de citadelle : les vestiges de l’enceinte médiévale sont d’ailleurs toujours visibles et peuvent l’attester. Sur l’éperon rocheux dominant la ville basse et la vallée de l’Ourcq se trouvait un château-fort dont l’histoire nous dit qu’il était là depuis le IXème siècle. Il n’avait cependant plus aucune valeur militaire dans les combats qui se préparaient alors.

Louis d’Orléans commanda la construction d’un nouveau château sur les restes de la première forteresse avec, pour objectif prioritaire, d’insérer dans l’enceinte médiévale existante une façade si puissante, qu’elle en serait dissuasive et tournée vers la direction des dangers, c’est-à-dire l’ouest, car Paris était l’enjeu des agissements du duc de Bourgogne, Jean sans Peur.
Dans la direction du nord, la puissante falaise dominant la vallée mettait le château à l’abri d’une attaque ; de plus, le marais de l’Ourcq constituait à cette époque une sorte de glacis défensif naturel.

La présence, sur la droite de la façade actuelle (côté nord-est), d’éléments visiblement plus anciens amène à penser que Louis d’Orléans conserva quelques parties du château d’origine (tour carrée, remparts). Cependant, son assassinat par des hommes de Jean sans Peur, son cousin, en novembre 1407 à Paris, signa l’arrêt de la construction de son château.

Au XVIème siècle, dans le contexte troublé des guerres de religions, les habitants de la Ferté-Milon cherchèrent un protecteur contre les brigands de ce temps. En 1589, ils se placèrent sous la protection du vicomte Antoine de Saint-Chamand, un des hommes du duc de Guise, chef de la Ligue : un parti politique constitué de catholiques hostiles au nouveau roi d’origine protestante, Henri IV.
En conséquence, la ville, tenue par les Ligueurs, devint un foyer de résistance au nouveau pouvoir royal.

En 1591, le duc d’Épernon, homme du roi, tenta un premier siège. Il échoua. En 1594, le duc d’Epernon fait une nouvelle tentative, bientôt rejoint par le roi en personne.
Une brèche fut ouverte dans le mur de défense et la ville devint bientôt indéfendable. Henri IV montra une fois de plus son habituel sens politique de la négociation et parvint à obtenir la reddition de la place en renonçant à toute poursuite contre Saint-Chamand. Il lui offrit même une forte somme d’argent.
La population n’eut pas à souffrir. Toutefois, Henri IV, conscient du danger de conserver des places fortes pouvant se retourner contre lui, ordonna le démantèlement du château et ses restes sont ceux que nous voyons aujourd’hui.

Il est souvent mentionné que ce château ne fut jamais terminé mais les écrits divergent. Rien ne permet de déterminer réellement son état d’avancement, si ce ne sont des écrits parlant d’un château quasiment terminé, hormis les toitures. (Histoire physique, civique et morale des environs de Paris de Jacques Antoine Dulaure et Histoire du Duché de Valois de Claude Carlier, contestés par Médéric Lecomte dans Histoire de La Ferté-Milon, monographie des villes et villages de France).




L’édifice que Louis d’Orléans fit construire s’appuie sur une suite de souterrains voûtés et de caves. La façade, longue de 102 mètres et haute encore de nos jours de 28 mètres, est rythmée par des courtines percées de fenêtres, le plus souvent à traverses ; deux tours en amande, très hautes, signalées par des niches recevant une statuaire originale, sont orientées vers l’ancien chemin de Bourneville et étaient coiffées jadis par un chemin de ronde continu sur mâchicoulis. Cette façade se déployait comme un gigantesque et extraordinaire paravent de pierre et s’insérait, tel un joyau, dans une enceinte médiévale longue d’environ un kilomètre.

façade château


canons brume


L’épaisseur des murs, visible notamment depuis l’ouest dans les arrachements de la tour carrée, souligne le caractère éminemment défensif de cet édifice. Derrière la porte d’entrée, sous un arc brisé typiquement gothique surmonté d’un relief représentant le Couronnement de la Vierge, se trouvait un assommoir. Gare à ceux qui n’étaient pas invités ! En avant et en arrière de cette entrée se trouvaient les dispositifs habituels : pont-levis et herse.


Toutefois ce caractère défensif était atténué, nous l’avons dit, par de grandes fenêtres dans les courtines, une statuaire originale et de majestueuses cheminées à tous les étages. Ainsi, le château médiéval robuste, aux ouvertures étroites et aux pièces obscures devenait peu à peu une demeure plus ample, plus lumineuse, plus spacieuse et bien chauffée. C’était là la demeure d’un duc ; un véritable palais qui, dès cette époque, tendait à présenter les premiers éléments des châteaux de la Renaissance. Même s’il est difficile de connaître les influences qui ont présidé à sa conception, on se souviendra que l’épouse du duc, Valentine Visconti, était italienne.


Cet imposant édifice garde une majesté et une solennité impressionnantes, objectif très certainement recherché par le duc de Valois afin d’asseoir sa puissance.
 
La DRAC a effectué des fouilles durant le premier trimestre 2018. Nous attendons les résultats des travaux des archéologues pour vous faire part des dernières découvertes. Cet emplacement est loin d'avoir livré tous ses secrets : affaire à suivre... Vous pouvez avoir un aperçu des fouilles sur ce lien.




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